À l’occasion du FIFM, nous avons rencontré quelques ans de ceux qui, devant ou derrière la caméra, l’espace d’une projection, s’emploient à nous faire rêver ou nous évader de notre quotidien. Trois questions à Voiker Schöndorff, réalisateur, Roschdy Zem, Jeremy Irons,et Pascql Greggoiy, acteurs.

Volker Schöndorff, Président du Jury Longs Métrages du FIFM 2003.

Connaissez vous le Maroc?

Je connais le Maroc depuis 40 ans. J’étais au collège en France avec les trois fils de Si Beikal qui sont nés sur la frontière maroco algérienne. J’ai réalisé mon premier court métrage en 61 sur la guerre d’Algérie et les trois fils

Belkcai ont joué dedans. Depuis cette époque, je m’intéresse au Maroc. Mais c’est la première fois que je suis à Marrakech. Quel est le projet sur lequel vous travaillez actuellement? Je commence à tourner dans huit semaines à Prague l’histoire d’un prêtre catholique dans le camp de concentration de Dachau. Le film s’intitule « Le neuvième jour », car le prêtre a neuf jours pour décider s’il veut coopérer ou devenir un martyr. Ce n’est pas un sujet épique, mais il est dense. C’est une métaphore ur l’engagement humain plutôt qu’un film sur l’holocauste. Faut il se prêter à des compromis et se sauver soi même ou mourir et espérer obtenir quelque chose pour les autres?

Auriez vous dans vos tiroirs le projet d’un film qui pourrait être tourné au Maroc?

J’ai un grand projet historique que je voudrais en partie tourner au Maroc, ” La Papesse Jeanne “. C’est un personnage légen¬daire, celui d’une femme déguisée en homme et qui aurait été pape en l’an 850. Elle aurait eu une politique différente même de celle du pape d’aujourd’hui. L’adaptation du film est basée sur un roman. C’est une histoire très romanesque. fly a tout ce qu’il faut, des batailles et une histoire d’amour. Tout s’arrête au moment où elle tombe enceinte. On trouve dans ce récit un côté post f énilniste. Mais c’est toujours la même question morale et personnelle qui m’intéresse: faut il prendre une position radicale ou alors faut il utiliser des marges de manoeuvre?

Jeremy Irons, président du jury Courts Métrages du FIFM 2003.

Ce n’est pas la première fois que vous venez au Maroc. C’est un pays que vous connaissez. Quels sont les lieux que vous aimez particulièrement?

J’adore Fès et Essaouira. J’ai fait des photos dans les montagnes de l’Atlas. Mes souvenirs du Maroc sont très doux. C’est pour ça que je suis revenu avec plaisir pour ce festival où j’ai présenté, il y a deux ans, le film de Claude Lelouch. Ce film n’a pas très bien marché en France, mais il a reçu un accueil très positif aux USA. Je pense que l’histoire est un peu faible, mais je garde un très bon souvenir du travail avec Patricia Kass que j’apprécie énormément.

Quel est le dernier film dans lequel vous avez tourné?

Je viens juste de finir un film avec Istvan Szabo. Le scénario est liré d’une histoire des années trente de l’auteur qui a écrit « Le Pianiste ». Il a été tourné à Budapest et à Londres. C’est l’histoire de comédiens des années trente quand la passion a disparu. Il est important de travailler dans la passion. De revigorer sa passion.

Certains réalisateurs et acteurs, américains notamment, ont formulé des craintes pour venir au Maroc. Certains affirment, au conirafre, qu’il faut résister par la présence et que le cinéma peut aider à mieux se comprendre. Qu’en pensez vous?

Le film peut aider à comprendre les autres. Je viens de voir un film algérien. Je n’avais pas d’idées sur ce pays et ce petit film m’a ouvert sur l’intérieur d’un monde. L’islam est une culture extraordinaire. Ce qui peut aider à la « Pax Mondiale », c’est de comprendre que chacun est différent. Chaque pays a ses processus. II faut respecter le temps nécessaire pour changer. La volonté de changement doit venir du pays. On ne peut pas plaquer les mêmes systèmes à tous les pays. La démocratie demande une responsabilité et un effort de changement.

Roschdy Zem, membre du Jury Courts Métrages du FIFM 2003.

Vous êtes d’origine marocaine et vous vivez en France. Quelle est voire relation au Maroc?

Mes parents sont arrivés en France dans les années cinquante. J’y suis né en 65. Ma relation au Maroc, ce sont les vacances d’été. Mon père est originaire d’un village dans les environs d’Ouarzazate, S’Koura. II était retourné là bas. C’est un lieu calme et paisible où il fait bon vivre. Mon père est mort en septembre 2001. By a d’autres liens au
Maroc comme la musique. J’ai été bercé par les Nass El Ghiwan. En termes de littérature, vivant en France, je connais ceux dont on parle le plus, Tahar Ben Jelloun, Choukri…

Et enfin, je viens de tourner un film au Maroc « Tinja », de Hassan Laghzouli, pendant deux mois. C’était au printemps. Cela m’a per¬mis de découvrir la région du Nord que je ne connaissais pas.

Vous avez Iravafflé avec André Téchiné, Xavier Beauvois, Laetita Masson… et bien d’autres. Vous allez commencer un film dans une quinzaine de jours, « Barbosa «, de Ferrera où vous interprétez le rôle d’un mai in qui découvre que son ex femme est devenue une star de cinéma et décide de la retrouver. Comment aimez vous travailler avec les metteurs en scène?

Quand j’ai commencé ce métier, je n’avais pas fait d’école, je n’avais pas de méthode. Je me laissais diriger. Mais les réalisateurs avec ui je travaillais me laissaient beaucoup de liberté. Jusqu’à aujourd’hui, je ne suis pas tombé sur des cinéastes très directifs. Ce qui est difficile dans le jeu, c’est d’accumuler de l’expérience et rester spontané.

Qu’est ce qui vous fait accepter un projet?

Quand je lis un scénario, je me vois en tant que spectateur. Est ce que, en tant que spectateur, j’arrive à m’intéresser à l’histoire et aux personnages? Puis je me demande si je suis capable d’interpréter tel ou tel personnage. II peut y avoir des personnages intéressants, mais il faut avoir de la lucidité pour sentir qu’on peut ou qu’on ne peut pas les interpréter, II faut qu’entre le sujet et vous, ce soit une histoire d’amour. Si c’est calculé, c’est la chute assurée. Par exemple, ça m’est arrivé sur le film « La Faute à Voltaire ». Le personnage principal était un personnage sensible, mais je n’arrivais pas à interpréter cette sensibilité. Je surj ouais. Mais j’ai adoré le rôle et le scénario.

Pascal Greggory, adeur dans « Raja », de Jacques Dofflon1 présenté en competition Longs Métrages Quelle est la première chose qui vous a plus dans le scénario de Jacques Doillon?

Ce qui m’a séduit le plus et qui m’a fait accepter sans hésiter, c’est que je connais le Maroc. Depuis cinq ans, j’ai une maison à Marrakech. Ce n’est donc pas innocent si Doillon m’a proposé ce rôle. Je connais un petit peu, et de façon très modeste, ce pays.

Pourquoi une maison à Marrakech?

Mes parents ont vécu à Casablanca, ma sour est née dans cette ville. Je suis né à Paris. Mon père adorait le Maroc. En France, nous vivions avec des traditions du pays. Nous portions les babouches, nous avons des tapis, etc. Au fil des années, j’ai voulu trouver un endroit où retrouver un certain goût à la vie. Vivre une renaissance. C’était aussi fort que cela. Je connaissais un peu Tanger que j’aime beaucoup. J’ai découvert Marrakech et je suis tombé amoureux de cette ville. Disons que mon corps est français et que mon cour est marocain.

Comment s’est déroulé le tournage de «Raja »?

J’avais un scénario qui n’était pas définitivement écrit et qui était retravaillé. Ce qui était particulier dans ce tournage, c’est que le film a été tourné de façon chronologique du début à la fin. S’il y a eu un luxe dans Å“ tournage, c’est bien celui ce.

Ce qui permet aux acteurs de construire comme une maison, sans qu’il y ait démolition Ce tournage chronologique m’a d’ailleurs aidé dans la dernière scène oùje pars en pleurant. J’étais tellement épuisé physiquement que cet abandon de soi m’est venu naturellement Je savais qu’après cela, c’était construit. Et la maison est là. Elle est ce qu’elle est.