Mohamed El Yazghi ne prendra pas sa retraite politique. Et il ne se contente pas de le clamer haut et fort, mais tient à le démontrer chaque jour. S’il n’est plus premier secrétaire de l’USFP, il en demeure néanmoins le principal dirigeant. Et crest en tant que tel qu’il a été durant ces quinze années passées, derrière toutes les décisions importantes que son parti a prises. Artisan avec Youssoufi du soutien à la Constitution de 1996 qui a décrispé le champ politique marocain. Cheville ouvrière du gouvernement d’alternance où il a occupé un méga ministère. Parrain du gouvernement de Driss Jettou qu’il a appuyé sans ciller. Enfin, aujourd’hui ministre d’Etat, il hérite d’un poste certes honorifique mais protocolairement très important. Alors, pour un homme politique de cette tremper chaque formule est forcément un messager la moindre attitude a indéniablement un sens, n’importe quel geste est lourd de conséquences.

Quand un homme pareil est renvoyé de la tête de l’USFP par ses compères du bureau politique pour plusieurs griefs, notamment résultats électoraux catastrophiques, presse partisane moribonde, gestion ministérielle approximative, il décide de réagir, de montrer aux infidèles compagnons du bureau politique, de quel bois il est fait. Ainsi, confortablement dépourvu d’élégance, il révèle les discussions, réelles ou supposées, qu’il a eu avec le chef de l’Etat alors que personne ne lui a rien demandé. Il pousse le manque de tact à l’extrême en rapportant, mot à mot, des phrases que le souverain aurait tenues aux uns et aux autres. La manoeuvre d’El Yazghi est plutôt habile, mais largement désuète. Pour se fabriquer une virginité politique et se draper dans une étoffe de brave, il s’invente un adversaire puissant et populaire. Sauf, qu’encore une fois, El Yazghi se trompe et d’époque et de combat. L’héritage d’Abderrahim Bouabid est ignoré, oublié, manipulé, définitivement dévoyé. La mise à niveau de l’USFP redevient une urgence première.

Jusque là, j’aurais juré que l’une des qualités nécessaires dans un homme politique était la dignité. J’en suis pour mes frais. J’aurais juré que les années pendant lesquelles El Yazghi a siégé au gouvernement allaient façonner en lui l’homme d’Etat. Vous m’en direz tant. Pour régler ses petites guerres intestines, l’ancien premier secrétaire replonge dans ses habituelles manoeuvres politiciennes en choisissant la fuite en avant. Mais cette fois ci la ficelle est grosse. Tellement grosse que l’assaut est pathétique, le récit puéril et le propos creux.

Mohamed El Yazghi est un homme de l’ombre par excellence. Il aurait dû d’ailleurs y rester. A chaque fois qu’il en est sorti, ça s’est très mal passé… Pour l’USFP. Au début des années quatre vingt dix, Abderrahmane Youssoufi quitte le Maroc. El Yazghi est Khalife à la place du Khalife. C’est lui qui mène les négociations au nom de l’USFP pour la formation d’un gouvernement de la Koutla. Tout cela échoue lamentablement et les socialistes accourent rapatrier Youssoufi de Cannes. En 1998 et en 2003, il est ministre en charge de l’Aménagement du territoire. Il passera ces deux mandats à se bagarrer avec ses secrétaires d’Etat et à tenir des états généraux qui n’aboutiront à rien. En 2001, lors du sixième congrès, il réussit l’exploit de priver le parti de son aile syndicale et de sa base juvénile. En 2005, c’est la consécration. El Yazghi est en plein dans la lumière. Il est le maître incontesté de l’appareil de l’USFP. Résultat le parti se ramasse démocratiquement une gamelle historique. Les militants n’en reviennent pas et demandent des explications. En guise de comptes, le premier secrétaire éconduit leur donne un simple livret de standardiste.