Samira Sitaïl La femme du quatrième pouvoir
Portrait février 6th, 2008À 35 ans, après onze ans d’antenne à 2M, Samira Sitaïl devient Directrice de l’information de la chaîne. Le poste qui venait d’être créé quelques mois plus tôt et qui, à ce jour encore, n’a pas d’équivalent au sein de la première chaîne, était convoité par beaucoup d’hommes. Ceci pour dire l’importance que revêt ce titre et tout le prestige et le pouvoir qu’il confère à celle qui le détient depuis bientôt trois ans et demi. Samira Sita’i se refuse pourtant de parler d’un pouvoir propre pour insister davantage sur la puissance d’un média comme la télévision dans un pays comme le Maroc.
« Avoir du pouvoir quand vous êtes un média, déclare t elle, c’est vous adresser au plus grand nombre ». Alors qu’on pensait que les Marocains ne regardaient pas leur télé, des études récentes ont pu prouver que les deux chaînes nationales réalisent 65 % d’audience et arrivent en tête de liste des chaînes regardées. « Dans un pays où le tirage de tous les supports écrits ne dépasse pas les 300000, la télé est le média puissant par excellence, déclare Samira Sitaïl, Il est évident aussi que le pouvoir est vécu de façon plus exacerbée à la télé. Mais pour ma part, j’estime que le pouvoir ne sert que parce qu’il permet d’aller jusqu’au bout des choses ». Gérer efficacement une direction, y installer un esprit d’équipe, déléguer quand il le faut, supporter ses collaborateurs, détecter chez eux de nouveaux talents et les mettre en avant. Autant d’objectifs auxquels Samira Sita] se dévoue avec beaucoup de passion en faisant parfois des mécontents. C’est qu’avant d’occuper le poste de Directrice de l’information à 2M, Samira Sitaïl n’avait jamais été confrontée au clivage hommes/femmes dans le travail, « Les femmes, plus que les hommes, dit-elle, prennent mal le fait qu’on veuille les aider. Mes plus grands ennemis professionnels, ça a été des femmes, mais mes plus grandes satisfactions professionnelles, ça a été des femmes aussi ».
À la nomination de Samira, certains confrères, notamment des directeurs de journaux, sont devenus tout d’un coup paternalistes à son égard. « Ils estimaient que parce que j’étais une femme, il fallait que je sois orientée et conseillée. Certains ont critiqué vivement ma nomination d’ailleurs ». Mais Samira Sitaïl préfère être plus loquace sur un autre sujet. Le plaisir que lui procure son métier de Directrice de l’information à 2M. Veiller sur l’élaboration de quatre JT, soit 1h15 de direct, 7 jours suri, avec une équipe composée de 42 journalistes seulement. « Entre une édition et une autre, il faut rester sur le qui vive, explique Samira. Car la télé, c’est avant tout de l’instantanéité », L’autre pouvoir de la télé, c’est aussi de parvenir à changer la vie des gens. « Je pense au succès de l’émission ” Moukhtafoun ” (N.D.L.R.: « Les Disparus ») qui a permis à plusieurs citoyens de retrouver des membres de leur famille ». Samira Sitaïl) vit ces reportages par personnes interposées. Si aujourd’hui ses fonctions la détournent de l’antenne, elle renoue ponctuellement avec ses premières amours à travers des reportages, des enquêtes ou encore des interviews directes. Son enquête historique sur l’exil du Roi Mohammed V lui avait valu d’ailleurs le Prix de la Pressé en 2003. Si Samira Sitaïl devait pourtant choisir entre vie publique et vie privée, il est sûr aujourd’hui qu’elle n’hésiterait pas à choisir d’être beaucoup plus présente pour ses, enfants. Le fin mot: on peut en tout anonymat faire avancer les choses sans forcément occuper un poste prestigieux !
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